Dès février ou mars, l’année 2013 prenait déjà la tournure d’un fameux millésime pour le blues français et ses extensions. Cet oracle s’est vérifié au fil des mois et, l’année tirant sur sa fin, bon sang, les fruits ont largement passé la promesse des fleurs ! ChilliDogs. Les cinq du Loiret ont monté leur groupe en 2009. Pour une fois, circonscrire le style de leur premier album, ça va être du gâteau : pub-rock. Et du très bon. Le photographe du livret les a surpris dans un rade, comme le Dr Feelgood de Lee Brilleaux sur un bon tiers de ses pochettes. D’ailleurs Ben Winsworth a pile la voix de Lee Brilleaux. Phil Autran tient la guitare, Chris Doumerg, la basse, Hugo Marcus, les baguettes, et Bruno Le simple, les harmos. Un harmoniciste pure-player, comme chez Nine Below Zero. Ces épigones de Feelgood se sont aussi parés de ses trois vertus cardinales : l’énergie, l’humilité et l’épaisseur. On parle de la période Gypie Mayo (c’est ‘Milk And Alcohol’ à tous les étages), plutôt que de la période Wilko Johnson. Donc plus rond, moins tranchant, même si la guitare découpe quand même extrêmement bien. On peut toujours chinoiser, et leurs compositions sont assez richement architecturées pour permettre la glose. Ainsi, ‘Jack D’ serait un exemple de pub-rock au funk progressif. ‘Black Chat’ ou ‘Come On’ ont juste le frisson de mélodie qu’il faut pour renvoyer à Eddie & The Hot Rods, aux Buzzcocks pour la touche légèrement pop, et même aux Jams de temps en temps pour quelques réminiscences after-punk. Au-delà de ces chicanes, on a dans les mains un manifeste de rock’n’roll très convaincant, un retour limpide aux fondamentaux du genre, comme on dit, le rétroviseur éternel de notre virginité ! Le bain de jouvence passe par le son, par la façon de faire (ces pompes grasses, ces double-stops fulgurants), mais aussi par le message, avec des titres en forme de slogans impérissables : ‘Take It Or Leave It’, ‘Don’t Lose Your Mind’… The eternal sunshine of the spotless mind !